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الاثنين، شتنبر 26، 2005

Aujourdhui.ma 23/9/05


Jettou fait la chasse aux fausses dépenses

Driss JettouLe Premier ministre veut et exige plus de rigueur de la part de son équipe. Via une note, il vient d’appeler ses ministres à réduire le train de vie de leurs départements. Objectif : économiser 250 millions de dirhams pouvant servir à plus urgent.


Le Premier ministre veut, et exige, plus de rigueur de la part de son équipe. Il passe surtout à l’acte pour leur demander de réduire le train de vie de leurs départements respectifs pour faire face à d’autres exigences et contraintes plus pressantes. Selon nos informations, Driss Jettou vient d’adresser aux membres de son équipe une note d’orientation en relation avec la préparation de la loi de Finances 2006 et dans laquelle il leur demande de réduire au minimum leurs dépenses de fonctionnement. Sont notamment les dépenses d’électricité, de téléphone, de carburant et particulièrement les dépenses qu’impliquent les déplacements des ministres, et leurs collaborateurs, à l’étranger.
Dans sa note d’orientation, le Premier ministre évoque les grandes contraintes financières qu’impliquent le respect des engagements de l’exécutif en vertu des multiples accords successifs au dialogue social mais aussi la concrétisation des projets de l’INDH.
L’argentier du Royaume, lui, aurait fourni la meilleure illustration d’une telle réduction du train de vie des ministères. Les services de Fathallah Oualalou ont procédé à une petite simulation pour montrer que les deniers (ou une partie) « claqués » lors des voyages ministériels pouvaient servir à autre chose de plus important. Il ressort de cette simulation que, si les ministres réduisaient leurs déplacements à l’étranger, le manque à gagner serait de l’ordre de 250 millions de dirhams pour un seul exercice. Une petite comparaison fera parvenir à cette conclusion que le montant de ce manque à gagner est l’équivalent des budgets nécessaires pour mener à bien les projets du programme d’urgence de l’INDH, soit ceux prévus d’ici la fin de l’année en cours. Mais, que coûte en fait le voyage d’un ministre à
l’étranger ? Pas que des miettes à en croire les données dont nous disposons. En plus de son billet d’avion aller-retour, chaque ministre a droit à 2.500 DH par jour de frais de déplacement servant à couvrir leurs (éventuels) frais d’hébergement et de bouche. Précision importante, ces indemnités sont les mêmes pour toutes les destinations. Certains ministres trouvent même le moyen de s’octroyer plus. Le stratagème est des plus simples: pour un voyage qui durera 2 ou 3 jours, tel ou tel ministre se dira en voyage pour 5 ou 6 jours. Un ex-ministre de l’équipe Youssoufi nous confie que la pratique était courante parmi plusieurs membres du premier gouvernement d’Alternance même si Youssoufi se démenait à prêcher une approche plus raisonnable.
Certains « justifient » la chose par la différence entre le niveau de vie des pays visités. Une chambre d’hôtel ne coûte pas le même prix à Paris, qu’à Bamako ou Tokyo. Pas tout à fait vrai, rectifie un autre ex-ministre. Ce dernier affirme que la majorité des ambassades marocaines à l’étranger sont liées par des accords avec des hôtels. Chose qui permet des réservations avec des déductions de prix atteignant généralement 50 %.
Autre précision de taille : les indemnités de déplacement sont versées en devises.
Un ministre ne voyage pas seul. Généralement, il est entouré lors de ses pérégrinations par plusieurs collaborateurs et le déplacement de ces derniers coûte tout aussi cher. Pour un cabinard ou un responsable du ministère, l’indemnité journalière de déplacement à l’étranger est de 1.200 DH hors billet d’avion. Un voyage à l’étranger, pourquoi faire ? Dire que plusieurs de nos ministres voyagent presque sans «motif apparent» n’est pas exagéré. «Qu’irait faire le secrétaire d’Etat au Développement rural en Chine ?!», s’interroge un ex-responsable gouvernemental ?! Alors qu’une source associative dit se torturer les méninges pour comprendre l’attrait que des capitales occidentales (Bruxelles notamment) exercent sur la ministre déléguée chargée des RME ! La liste des interrogations de ce genre n’en finit pas de s’allonger.
Un membre de la délégation présidée par Youssoufi lors d’un voyage en Chine se souvient de l’embarras de l’homme au moment de passer aux choses sérieuses. Hommes d’affaires et quelques ministres étaient introuvables. Ils étaient partis faire du shopping !
Plusieurs autres sources, interrogées par ALM, évoquent carrément le cas de plusieurs membres de cabinets et conseillers ministériels qui sont constamment en voyage à l’étranger et pour de longues durées pour certains. Il y en aurait même qui ne remettent pas le pied au Maroc pour six mois ou un an tout en continuant à percevoir salaires et indemnités par virements en devises.
Même à l’intérieur du pays, un voyage ministériel coûte cher au contribuable. Le ministre, qui ne se déplace jamais seul, a à sa disposition tous les services extérieurs de son département, moyens humains et financiers compris. Anecdotique, les quelques classes d’une école rurale ou le dispensaire inaugurés en grande pompe reviennent parfois moins chers que le déplacement du ministre !
Si le Premier ministre se «permet» aujourd’hui de rappeler à l’ordre les membres de son équipe, c’est qu’il s’interdit personnellement d’abuser des voyages à l’étranger et des coûts que cela implique. A Driss Jettou, il est arrivé de se déplacer à Paris, Bruxelles, Tunis, Rome et Milan et d’être chez lui le même jour. Comme il lui est arrivé de prendre un jour et demi pour visiter le Mali ou le Niger. Parmi ses records, figure un voyage-éclair de 2 jours en… Thaïlande et en vol régulier. Le Premier ministre veut appliquer la même rigueur à son entourage puisqu’il limite le nombre de ses accompagnateurs à deux seulement. Quand cela s’impose.


Le 23-9-2005
Par : Mohamed Boudarham

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"Les ministres coûtent cher à l’Etat"



Driss BenaliPour Driss Benali, la réduction des dépenses de fonctionnement de l’Administration dépend de la mise en place d’un système de contrôle strict. Seule une décision politique forte peut amener certains hauts fonctionnaires à de la retenue. Entretien.


ALM : Le Premier ministre vient de demander une réduction des frais de fonctionnement des différents départements ministériels. Quel commentaire en faites-vous?
Driss Benali : Ce n’est pas une décision prise pour la première fois. De temps en temps, lorsque les caisses de l’Etat commencent à se vider, l’on pense systématiquement au poids considérable que constitue le fonctionnement de l’Administration marocaine. A commencer par le chiffre le plus parlant, celui de la masse salariale, qui constitue près de 13% du PIB, ce qui est énorme pour un pays en voie de développement comme le Maroc. Un pourcentage non encore atteint par des pays comme le nôtre, réputés pour le grand nombre de fonctionnaires, l’Egypte en l’occurrence où la masse salariale ne dépasse pas les 8%. Et ces fonctionnaires coûtent très cher à l’Etat. Non seulement en raison de leurs salaires, mais aussi en nature, à savoir la prise en charge de leurs dépenses en transports, téléphone et déplacement. Des avantages qui sont rarement accordés ailleurs. Impossible d’imaginer de payer le jardinier, le chauffeur ou le cuisinier d’un haut fonctionnaire dans des pays développés comme la France, le Canada ou les Etats-Unis.

Dans ce cas alors, pensez-vous que ces mesures seront-elles appliquées de manière stricte ?
L’Administration marocaine est très lourde à gérer ; difficile de la changer radicalement du jour au lendemain. C’est pour cela que ce genre de mesures ne seraient pas du tout prises au sérieux. L’on aurait tendance par exemple à laisser passer l’orage en attendant que tout rentre dans l’ordre, c’est-à-dire que l’on revient au train-train quotidien. A mon humble avis, ce n’est pas la nature des mesures à prendre qui pose problème. Rien à dire sur le fond et la nécessité de réduire ce genre de dépenses qui pénalisent beaucoup le budget de l’Etat. Je pense que tout le monde est d’accord là-dessus. Mais sur la forme, et sur la manière de prendre les décisions, il y a à faire. Il faudrait à mon avis procéder de manière beaucoup plus organisée et instaurer un système de contrôle strict. En matière de lutte contre les abus d’appels téléphoniques, pourquoi ne pas mettre en place un système de contrôle à l’américaine qui obligerait tout fonctionnaire à justifier ses appels. Et ce n’est qu’un exemple dont l’application pourrait être généralisée à d’autres domaines. Prenons un autre exemple, celui des déplacements de plus en plus fréquents des hauts responsables du gouvernement. Et bien, je dirais qu’ils ont tous tendance à faire dans l’excès de communication, tout en oubliant le fond du sujet à traiter.

Pensez-vous que ce genre de réductions des dépenses seront efficaces ?
Prendre ce genre de mesures et les appliquer est indéniablement une bonne chose. En effet, vu la conjoncture actuelle, toute économie est à prendre. Ce serait un bon point si l’on arrive à grignoter sur l’importante masse des dépenses de fonctionnement de l’Etat. En tout cas, ce ne sont pas nos partenaires internationaux, Banque Mondiale et Fonds monétaire international pour ne citer que ceux-ci, qui s’en plaindront.

Mais trop d’économie n’handicaperait-il pas le fonctionnement de l’Administration ?
Je ne le pense pas. Il suffit simplement de procéder de manière intelligente. Ce ne sont que les dépenses vraiment superflues qui doivent être supprimées. Prenons par exemple le cas de ces dizaines d’inaugurations faites par des ministres ou autres hauts responsables qui se déplacent en masse et en fanfare pour l’ouverture d’une crèche. Le coût de leur déplacement et de l’immobilisation de fonctionnaires locaux reviendrait peut-être beaucoup plus cher que le budget global du projet en question. Pourquoi ne pas travailler en silence et abandonner ces sources de dépenses très inutiles ?


Le 23-9-2005
Par : Fadoua GHANNAM


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Ces ministres voyageurs



Une mission à l’étranger est une occasion de découvrir d’autres pays. Au moment où le Premier ministre exige plus de rigueur de la part de son équipe, certains ministres continuent de passer de longs séjours sous d’autres cieux.


Joindre l’utile à l’agréable ! Une mission à l’étranger est une occasion en or pour certains ministres de passer du bon temps. D’autant plus que ces vacances « volées » sont aux frais de la princesse et se passent soi-disant dans le cadre d’une mission professionnelle.
Une manière de camoufler des dépenses supplémentaires au moment où le Premier ministre a été clair et net : il faut économiser 250 millions de dirhams. C’est ainsi que Driss Jettou a commencé par balayer devant sa porte, voulant donner l’exemple à suivre pour l’ensemble des membres de son équipe.
Des voyages allers-retours le jour même, le Premier ministre en a fait des dizaines. Au hit-parade des ministres qui passent de longs séjours à l’étranger, figurent en bonne place Mohamed Achâari et Nezha Chekrouni.
En fait, le ministre de la Culture adore l’Espagne et tient personnellement à assister à ses différentes manifestations culturelles. Mais le voyage le plus exotique qu’a effectué Mohamed Achâari au cours de cette année reste sans conteste sa tournée en Amérique latine.
Du Mexique et du Brésil, il s’est rendu à l’autre bout de la planète, le Japon. Certes, le pays du soleil levant est une région à découvrir et à redécouvrir ! Et des visites au Vieux Continent, on n’en parle même pas. Nezha Chekrouni, quant à elle, remporte la palme d’or des ministres les plus connus dans les aéroports d’ici et d’ailleurs.
Il est vrai qu’elle est ministre déléguée auprès du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération chargée des Marocains résidant à l'étranger et que ces derniers sont essentiellement en Europe.
Proximité oblige, Nezha Chekrouni se déplace constamment dans ces pays européens. Mais sa dernière ingénieuse trouvaille est sa toute récente visite à Montreuil où elle a expliqué les tenants et les aboutissants de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH). En plus des MRE, elle a trouvé ainsi une raison de plus pour voyager en France et à Navarre. Plus ingénieux encore est la récente visite de Mohamed Mohattane à Pékin. Le voyage chinois du secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Agriculture, du Développement rural et des Pêches maritimes, chargé du Développement rural a duré cinq journées. Pékin est une grande ville, et il faut prendre son temps pour connaître ses coins et recoins.
Souvent à l’étranger, Mohamed Benaïssa est censé l’être de par sa fonction diplomatique. Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération n’est pourtant pas de ceux qui font d’une pierre deux coups : profiter d’une cérémonie de signature de tel ou tel projet de partenariat ou d’une tout autre occasion pour bronzer et faire du shopping dans des destinations de rêve.


Le 23-9-2005
Par : Atika Haimoud

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éditorial : Débauche financière



Abdellah ChankouPourquoi bouder son plaisir quand l’argent coule à flots ?


Le Premier ministre, Driss Jettou, vient de sensibiliser les membres de son équipe à la nécessité de diminuer les dépenses occasionnées par leur travail. En un mot, il s’agit de réduire le train de vie de l’État jugé trop somptuaire pour un pays réputé pauvre et aux finances moribondes. Objectif : dégager de l’argent pour l’Initiative nationale de développement humain. L’INDH est donc passée par là.
En effet, beaucoup de faux frais engagés à tous les étages pour parfois de pseudo activités. Ceci est un secret de polichinelle. Mais l’essentiel est de participer pour profiter surtout des actions annexes. Les anecdotes à ce sujet sont légion. Croustillantes. Réceptions fastueuses avec traiteur et tout le tralala, déplacements à l’étranger peu nécessaires pour ne pas dire bidon et repas en groupe dans les tables les plus luxueuses de la capitale. Pourquoi bouder son plaisir quand l’argent coule à flots ? Tout devient au contraire prétexte à forcer sur le budget alloué à chaque ministère. Et quand celui-ci est épuisé avant l’heure, certains n’hésitent pas à faire appel aux organismes sous tutelle qui à leur tour ne se privent pas. Je te tiens, tu me tiens par la barbichette… Mais qui contrôle ces dépenses superflues, qui les traque là où elles se trouvent ? Cette fièvre dépensière vient-elle de cette prise de conscience que la vie de ministre est si courte qu’il faut la brûler par les deux bouts ? Une chose est sûre : il est temps de rationaliser les dépenses de l’État pour une meilleure gestion et un rendement conséquent.
Ce n’est peut-être pas le cas de tous, mais il va sans dire qu’il est des ministres qui exagèrent en faisant de leur fonction un monde de privilèges, voire d’abus. Paradoxalement, ils font preuve de plus d’esprit d’initiative et d’ingéniosité quand il s’agit de voyages et autres séminaires que dans le travail pour lequel ils ont été nommés.
Un État qui a mis en place les départs volontaires dans la fonction publique pour réduire une masse salariale phénoménale et instauré l’horaire continu pour réaliser des économies d’énergie doit aussi songer sérieusement à surveiller sa ligne au quotidien. Une ligne devenue trop grasse au fil du temps pour ne pas décider à la rendre plus sportive. Sans vouloir verser dans la démagogie, il y a quelque chose d’indécent à continuer à ne pas faire un bon usage de l’argent public.
En fait, il y a beaucoup de déperdition dans l’air alors qu’il y a des économies importantes à faire également sur la consommation d’électricité dans les départements ministériels, les établissements publics ainsi que les services extérieurs. Mais qui s’en soucie ? Et puis, nombre de ministères et d’administrations rivalisent dans un autre domaine, celui de la construction dans le quartier Riad à Rabat de nouveaux sièges somptueux à coup de plusieurs milliards. Bonjour rigueur ! Où est la bonne gouvernance, expression actuellement à la mode et ressassée par les responsables , dans cette débauche de marchés et de charges ?


Le 23-9-2005
Par : Abdellah CHANKOU