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الثلاثاء، شتنبر 13، 2005

L’équation islamiste

http://www.telquel-online.com/190/edito_190.shtml

Par Ahmed R. Benchemsi


L’équation islamiste

(La seule chose qui pourra nous protéger du PJD, c’est le PJD lui-même)

Il s’écrit depuis quelques mois que le PJD se prépare au pouvoir. Voire qu’il y est déjà prêt. Pourquoi, au juste, dit-on cela ? Parce que c’est un parti structuré, offensif, bien organisé ? Oui, mais il y a autre chose : le PJD est le seul parti du Maroc à disposer d’une base réellement impliquée. Les plus jeunes de ses militants ont payé 250 dirhams chacun plus les frais de transport, de leur poche, pour être présents au "forum national" du parti, sorte de colonie de vacances éducative récemment organisée à Kénitra (lire en page 26). "Nous sommes prêts à donner au parti, sans attendre de contrepartie", disent-ils. Pourquoi un tel enthousiasme ? Parce que chacun, au PJD, croit en ses chances d’ascension. Parce que le PJD a une politique de méritocratie bien rodée, et que la démocratie interne y est vivace. Quand ils ne sont pas d’accord avec une décision du parti votée à près de 51% (ça arrive souvent), les militants s’inclinent avec grâce. Aucun autre parti ne peut en dire autant.
Pour un peu, on espérerait l’arrivée du PJD au pouvoir. En ce qui me concerne, je ne franchirai pas ce pas, pour des raisons évidemment idéologiques. Lors de ce "forum" de Kénitra, un invité vedette a déclaré que l’ouragan Katrina qui a détruit la Nouvelle-Orléans était "un cadeau du ciel". Sous les acclamations des jeunes, malgré ce que cette assertion a de choquant. Cet été, Attajdid, si "modéré" soit-il devenu, a tout de même bruyamment protesté contre "la débauche et les mœurs déviantes" incarnées par les festivals musicaux gratuits…
Voilà donc une situation troublante : un parti à l’efficacité terriblement séduisante, mais à l’idéologie rétrograde, parfois à deux doigts du fascisme. Faut-il lui préférer des partis sans idéologie, mais sans lustre ? Ce ne serait pas un service à rendre au Maroc. Faut-il espérer que ces manifestations de fascisme ne sont qu’une écume destinée à être écrémée en cas d’arrivée au pouvoir ? Beaucoup d’Iraniens avaient fait le même pari, avant la révolution khomeyniste. On connaît la suite. L’exemple turc est plus heureux. Mais si le PJD local est le premier avocat de l’entrée de la Turquie dans l’Europe (avec ce que cela suppose comme choix de valeurs), c’est aussi parce que l’armée turque, farouchement laïque, veille. Au Maroc, nous n’avons rien de comparable. La seule institution forte, capable de contrer les islamistes et de les ramener à la raison en cas de dérapage idéologique, est le Palais royal. Mais notre Palais royal, contrairement à l’armée turque, n’a pas d’idéologie déterminée. Juste une suite désordonnée de petits calculs, de décisions heureuses (hélas trop rares), et d’hésitations. Rien de fort, rien de solide, rien de rassurant.
Finalement, la seule chose qui pourra nous protéger du PJD, c’est le PJD lui-même. Risqué, comme pari. Mais avons-nous le choix ?