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الاثنين، شتنبر 26، 2005

Manifeste pour une nouvelle école socialiste

Aujourdhi.ma 23/9/05



La patrie, l’Etat et le choix humain

Manifeste pour une nouvelle école socialiste.


Mohamed El GahsMohamed El Gahs, membre du bureau politique de l’Union socialiste des forces populaires, lance ici un Manifeste pour une nouvelle école socialiste.


Nous arrivons de l’avenir. La pensée socialiste est une pensée de la rébellion contre la réalité des injustices. Une pensée de la colère contre l’illégitimité des privilèges et des inégalités. Le socialisme, c’est être conscient que seule l’égalité devant les droits et les obligations garantit à l’homme -et à la société- son humanisme. Le socialisme c’est reconnaître le droit de chaque être humain à la vie, au bonheur et à bénéficier des richesses de la société conformément aux principes de l’équité et de la solidarité. Le socialisme est une rébellion contre les plaies de la vie anormale et contre les privilèges illégitimes qui constituent les piliers de l’idéologie de l’autoritarisme et de l'arbitraire. Le socialisme est l’unique et l’éternel horizon permettant à l’humanité d’aspirer à la liberté, la fraternité, la solidarité, la justice, la paix et le bonheur.
Nous arrivons de l’avenir. Car, nous venons de ce vaste horizon humain. Et depuis la naissance de notre parti, nous avons consacré notre pensée, notre militantisme, notre action et la vie de plusieurs d’entre nous à œuvrer pour cet avenir pour notre société, sur notre terre et pour notre peuple et notre patrie.
Souvenons-nous ! L’idée de la démocratie était "seule" et "étrange". Elle était combattue dans notre société lorsque nous l’avions revendiquée comme un passage inéluctable pour la renaissance de notre peuple. Souvenons-nous ! La revendication des droits de l’Homme était rejetée et violement combattue lorsque nous l’avions déclarée une condition pour la transition de notre pays vers la dignité. Souvenons-nous ! L’idée de l’exercice des libertés individuelles et collectives de la pensée, l’expression, l’organisation, la participation, la critique et la responsabilisation était interdite et criminalisée lorsque nous en avions fait un prélude obligatoire pour la gestion de nos affaires publiques et du destin de notre nation. Et nous avons payé le prix de notre rêve...de ce projet. Nous avons été combattus, opprimés et incarcérés. Des milliers de nos militants ont été précarisés, nos leaders ont été assassinés, nos droits ont été réquisitionnés, nos journaux ont été fermés, nos sièges ont été forcés et nous avons été arrêtés. Mais, nous avons résisté. Nous nous sommes relevés et nous avons repris le combat. Nous avons convaincu et nous avons réussi. Il s’agit d’une marche de plus de trente ans vers cet avenir qui est devenu, aujourd’hui, une réalité dont nous sommes fiers d’avoir été la locomotive grâce aux hommes et aux femmes qui l’ont réalisé après avoir été juste un rêve...une partie du grand rêve socialiste. Je n’entrerai pas dans les détails de ce long parcours militant car il est le parcours de la naissance de la démocratie dans notre pays avec toute sa densité et sa complexité, ses réussites et ses défaites. Il s’agit de quarante ans d’histoire de notre pays et de sa marche vers la démocratie, la liberté et le décollage économique et social.
Et, l’USFP, notre parti, est présent dans chaque étape, dans tous les choix audacieux, dans le développement humain, dans toutes les batailles politiques, économiques et sociales qui ont fait la marche de notre pays vers l’avenir. Les détails de cette mutation profonde et sereine est présente dans la mémoire collective de notre peuple. Elle est gravée dans la mémoire partisane et écrite dans les annales du mouvement socialiste marocain que nous incarnons.
Ce rappel est nécessaire, dans l’étape que nous traversons, pour que nous sachions et pour que tout le monde sache d’où nous venons et pour que nous puissions savoir dans quelle logique nous marchons vers de nouvelles étapes dans ce parcours. Il est vrai que notre identité socialiste, qui est l’héritière naturelle de la pensée humaine universelle et son expression dans notre société, a ouvert, grâce à la pensée et à la pratique, l’horizon de la démocratie dans notre pays et a ouvert la porte devant toutes les possibilités prometteuses politiquement, intellectuellement, économiquement et socialement. C’est pour cela qu’il est naturel voire nécessaire, que notre parti occupe sa place normale dans tous ces espaces de changement. Car, nous avons toujours été conscients que la démocratie et le progrès sont une pensée et une projection d’un projet social mais ils ne s’arrêtent pas une fois admis puisque la vraie bataille commence au moment de cette admission. La démocratie n’est pas seulement des lois et des procédures, des élections, des institutions. Elle est un ensemble de valeurs, de principes et un mode de vie que l’on apprend et que l’on enseigne d’une manière continue notamment dans les espaces censés incarner les fondements de la démocratie.
Qui donc, à part nous, est capable de donner ce sens à la démocratie?
Qui a diffusé la culture et les valeurs de la démocratie dans les rangs du peuple et des élites ?
Qui a introduit les traditions et les fondements de l’action démocratique dans les instances élues ?
Qui a introduit dans notre vie publique la pratique du regroupement, du dialogue et de l’organisation politique, syndicale et associative comme un acte civilisé et un droit naturel encadré et responsable dans le cadre de la souveraineté populaire sous l’égide du multipartisme et de la diversité, de la cohabitation et du concours d’idées et de projets dans la liberté, la responsabilité et le respect?
Nous, les USFPéistes, sommes fiers d’avoir réalisé cette révolution calme que nécessite la vraie construction démocratique. Car nous sommes des démocrates et notre destin et notre rôle est de construire la démocratie et de la renforcer en diffusant ses valeurs, en étant présents dans ses institutions, en développant ses mécanismes, en faisant face à ses ennemis, en lui trouvant du soutien dans les esprits et les cœurs, mais aussi dans les textes et dans les procédures et dans le fonctionnement quotidien des institutions.


Nous, les USFPéistes, sommes fiers d’avoir

réalisé cette révolution calme que nécessite la vraie construction
démocratique.

C’est ce choix de l’USFP, qui consiste à envahir tout espace démocratique acquis où la démocratie peut se développer et s’élargir, qui a permis le triomphe de l’idée de la démocratie dans notre pays car il a lancé la dynamique de la démocratisation qui n’est pas une affaire d’élite, de manoeuvres d’appareils supérieurs ou de spécialistes. Elle est une affaire populaire encadrée avec une pensée et qui fonctionne avec des mécanismes. Et l’absence d’un seul maillon de la chaîne lui ferait perdre tout son sens.
Le passage de la revendication de la démocratie à la participation à sa mise en œuvre et à la création de ses institutions était à notre avis un développement logique dans la réalisation de notre projet et non pas une régression. Car, la vraie aberration aurait été de revendiquer quelque chose et de refuser de participer à sa construction une fois que l’on a la possibilité de le faire en cherchant des motifs pour ne pas assumer la responsabilité de la construction. Telle n’est pas notre logique car elle est celle de la lâcheté politique et démagogique que nous rejetons et combattons. Car, nous considérons que la politique est le courage intellectuel, la présence organisationnelle, l’audace de l’action, la capacité de convaincre, la force de suggestion, la participation dans l’exécution, l’acceptation de la critique et de la responsabilisation, du succès et de l’échec que celui qui préférera se cantonner dans la démission et la paralysie ne pourra jamais connaître.
La dialectique de la revendication et de la participation, de la pensée et de la construction, de la critique et de l’action dont notre parti a fait une règle en matière de la plantation de l’idée démocratique dans le champ intellectuel, social et politique de notre pays a donné, aujourd’hui, ses fruits qui sont les acquis en matière de démocratie, de droits de l’Homme, de libertés individuelles et collectives, de modernité intellectuelle, de dynamique sociale et d’institutions représentatives ainsi que tout ce dont regorge la scène nationale comme ambitions et aspirations au progrès et à la modernisation. Évidemment, l’USFP, ses alliés et ses sympathisants, les démocrates ne sont pas seuls dans ce combat. C’est-à-dire que le projet démocratique en général et socialiste en particulier continuera toujours à faire face à des forces ayant des orientations et des références qui s’opposent au projet démocratique et socialiste. C’est pour cela que tout ce qui a été réalisé aujourd’hui de notre projet est le résultat de confrontations et d’équilibre de forces et nous devons admettre qu’elle continuera à exister car elle fait partie de la confrontation politique. Parallèlement à cela, la nature du choix démocratique et du paysage politique national, l’identité révolutionnaire de notre parti qui aspire au changement de la société en cumulant les réformes a fait que la transition s’est caractérisée par ce que l’action démocratique exige comme équilibre et consensus objectifs qui met l’intérêt national et la force de ses institutions et sa stabilité au-delà de tout intérêt.
Toute nouvelle lecture honnête du bilan de notre militantisme et de notre expérience que ce soit dans l’opposition ou au pouvoir doit se faire dans ce cadre qui évoque notre identité, nos choix, nos mécanismes d’action, les fondements de notre discours politique, la nature de notre société et de nos institutions, l’équilibre objectif des forces avec nos adversaires, nos partenaires et nos alliés. Et plus généralement, cette lecture devrait se faire en prenant en considération les profondes mutations internationales accélérées qui a une grande influence sur notre parcours national intellectuellement, économiquement, politiquement et socialement.
Et si cette analyse objective, appliquée à notre parcours dans l’opposition, conduit à la reconnaissance de notre rôle déterminant que notre parti a joué dans le triomphe du choix démocratique et la construction de ses fondements, notre expérience au pouvoir obéit à la même lecture.
Il s’agit du troisième épisode dans trente ans de militantisme démocratique. C’est un épisode inéluctable inscrit dans l’identité d’un grand parti progressiste, démocratique qui aspire au changement à travers le cumul de réformes, c’est-à-dire un parti qui doit naturellement arriver au pouvoir. D’ailleurs, c’est son devoir lorsque la volonté du peuple et l’intérêt de la nation l’exigent. Tous ces devoirs se sont unis pour nous pousser à prendre la décision d’assumer notre responsabilité dans les centres de décision. Car, l’intérêt national, d’abord pour sauver le pays d’une crise de gestion et de politique qui menaçait d’une vraie catastrophe après quarante ans de corruption, d’erreurs, d’improvisation, d’irresponsabilité, de falsification, d’oppression et détournement des fonds publics qui sont les caractéristiques du monopole de la décision et du pouvoir jusqu’à "l’arrêt cardiaque". L’intérêt du pays et son sort étaient menacés suite à cette faillite et la tension entre l’aspiration d’un peuple et ses forces vives au changement et la résistance des forces de l’exploitation et des avantages et le parti clandestin dont la nouvelle ère démolira les principaux symboles ultérieurement.
L’intérêt du pays et la vérité sur ce qui le menaçait c’est l’appel lancé par le défunt Roi aux forces nationalistes et démocratiques et à leur tête l’USFP pour le sauvetage et la réforme. Et l’intérêt national était la règle du consensus historique que nous avons établi et il fut le premier pilier de notre décision. Le deuxième pilier est notre conviction que l’avancée démocratique dont avaient été les promoteurs nous oblige à assumer notre responsabilité pour avancer dans notre projet et notre choix tout en restant conscients des limites et des contraintes. Mais déterminés à ouvrir de nouveaux horizons dans un parcours dont nous sommes conscients de la longueur et la difficulté. Troisièmement, même si certains ont douté, la revendication populaire, que ce soit à travers les élections ou le soutien populaire, était claire dans l’appel à l’USFP à assumer sa responsabilité. Et même si les aspirations étaient grandes, nous n’avons jamais pensé à nous dérober de notre responsabilité et nous avons pris notre décision d’une manière courageuse et audacieuse. L’alternance en elle-même était un acquis historique pour notre démocratie et la culture qui l’encadre.Car, l’alternance est l’un des piliers de cette culture. Et l’accord entre le Roi et les forces démocratiques sur le choix démocratique et le projet réformateur était un préambule à l’édification d’une nouvelle vie démocratique sur la base de la stabilité que garantissent les institutions constitutionnelles et le pacte national. L’alliance entre des forces nationalistes et démocratiques autour de l’idée de la réforme est une évolution prometteuse dans la pratique politique au Maroc et un noyau pour la formation d’un pôle regroupant des partis partageant les mêmes valeurs et les mêmes principes et capables, malgré certaines différences, de s’unir autour d’un projet ou d’un programme dans l’intérêt national.


Ces sentiments ont renforcé l’image du Maroc à l’étranger et le monde entier a commencé à faire attention à cette «exception».


Le monde donne désormais le Maroc comme illustration que la dictature, les guerres civiles, l’intégrisme et le fascisme ne sont pas une fatalité pour des sociétés comme la société marocaine.
Beaucoup a été dit sur la signification et les conditions de ce changement. Même si nous prêtons attention aux sérieuses analyses théoriques provenant de toutes parts, nous aurions dû nous consacrer à l’essentiel : à l’action. Aux chantiers de réforme que nous avons initiés, aux dysfonctionnements que nous avions été capables de rectifier, aux dossiers compliqués que nous avons diagnostiqués et résolus et aux fronts de mobilisation que nous avons ouverts. De l’éducation à la justice en passant par l’économie, la santé, le logement, l’emploi, l’aménagement du territoire, l’élargissement du champ des libertés et la modernisation des médias et de la culture, entre autres secteurs vitaux.
Le gouvernement d’Alternance que nous avions mené était une «heure de vérité», de clarification et de début de concrétisation du possible. Cinq années, avec leurs contraintes et obstacles, ont ouvert de réelles pistes de réforme et de changement. Elles ont donné à la transition démocratique des contenus tangibles et des bases solides. Si les premières années de cette transition s’étaient déroulées dans un climat de confiance et de coopération entre le défunt Roi, le gouvernement et les forces qui le représentaient et qui ont renforcé le pacte national, l’intronisation de Sa Majesté le Roi Mohammed VI est venue renforcer la transition démocratique avec un nouveau style, une réelle conviction social-démocrate, une philosophie moderne de gouvernement, un nouveau concept d’autorité, une courageuse volonté de réconciliation nationale avec la mémoire, des positions novatrices pour la refonte du champ religieux et politique, les affaires de la famille, les droits de la femme et ceux de l’Homme en général, la relance de l’économie et le développement humain…
Sous son règne, et pour couronner la phase d’Alternance que nous avions conduite, allaient se tenir les premières élections libres et transparentes de l’histoire du Maroc. Le mode de scrutin, la pléthore des partis, des facteurs et des legs socioculturels multiples allaient produire la carte politique que l’on connaît. Et du moment que les alliances ont été perturbées, débouchant sur la nomination d’un Premier ministre en dehors des partis, l’USFP, désigné par les urnes, après une première participation au pouvoir ou malgré cette participation et ses contraintes, comme première et plus forte formation politique nationale, a été le seul parti à attirer l’attention au respect de la méthodologie démocratique et fait part de son regret de ne pas en tenir compte. C’est ce que nous avions, par principe, exprimé en temps opportun. Mais, en même temps, après débat et réflexion, nous avions débouché sur la même analyse, les mêmes considérations nationales, populaires et démocratiques qui nous avaient poussés à prendre part au gouvernement d’Alternance et qui nous ont amenés à participer à la deuxième phase de la transition démocratique. Cette transition, nous nous en considérons, politiquement et éthiquement, les garants de la nécessité de sa continuité. De la renforcer, de l’accélérer et de la protéger de toute régression. Avec la même volonté, nous avions pris notre part de responsabilité dans l’élaboration du programme gouvernemental et nous persévérons dans sa réalisation, fiers de ce qui a été fait dans les départements dont nous assumons la responsabilité directe, des réformes et initiatives teintées de notre identité social-démocrate et conforme aux orientations et au projet de Sa Majesté le Roi, mais aussi à la nature et à l’inspiration du programme gouvernemental. Et aux attentes de notre peuple qui, nous le savons, apprécie, mais critique aussi et interroge notre action. Nous sommes solidaires et fiers de ce qui se réalise par les autres départements car nous croyons à la responsabilité commune et il n’est pas dans notre nature de tergiverser ou jouer sur les deux cordes. Notre participation au gouvernement est encadrée par des valeurs, des principes et des objectifs. Nous cernons les limites et les contraintes de la réalité. Mais, du moment que nous sommes convaincus que les conditions sont respectées, que la transition démocratique, la réforme et le changement avancent en conformité avec notre identité et notre projet, nous assumons notre responsabilité avec courage et fierté.
Ce sont-là les traits de la conjoncture politique où nous nous trouvons. Toutefois, quelle que soit notre évaluation d’étape, nous devons avoir présent à l’esprit qu’il ne s’agit que d’une phase. Les acquis et les réussites ne sont jamais définitifs. Et moins les échecs et les aspirations.
Le parti est un moyen pour réaliser un projet qui vit et se construit par son dynamisme, qui se nourrit des problématiques et interrogations produites par son dynamisme interne et son interaction avec son environnement. Sa capacité de renouvellement et de prévision est sa garantie et sa raison d’être.
Il n’est pas interdit, dans ce sens, de revenir à la question de l’identité. Car, au moment où prévalent la confusion et le dévoiement des valeurs, il est de notre devoir de clamer que notre projet politique et idéologique est limité par ses propres valeurs. Les valeurs de liberté, de démocratie, de justice, de solidarité, de tolérance et de paix. Ce sont ces valeurs qui nous rappellent toujours à notre permanente révolte contre le sous-développement, à notre refus de l’injustice, de l’exploitation, des privilèges indus, des fractures sociales intolérables, du racisme, de la discrimination ou de l’exclusion quelles qu’en soient les causes. Ce sont ces valeurs qui encadrent notre choix moderniste pour le changement, plus de liberté, plus de justice et plus de bonheur pour tout individu. Et pour la Patrie. C’est notre choix progressiste qui considère qu’il y a toujours une nécessité et une possibilité de réforme pour une société plus humaine et plus égalitaire où régnerait la liberté encadrée par la liberté, l’esprit de la citoyenneté et la pluralité dans le respect des institutions constitutionnelles et des symboles de la souveraineté populaire.
Notre projet est d’une forte actualité et le sera encore plus dans l’avenir. Le libéralisme sauvage s’est saisi des centres de décision économiques et financiers. Les marges des Etats ont été réduites et la démocratie, dans plusieurs cas, a été réduite à un folklore occasionnel. La politique est devenue un spectacle, le citoyen un consommateur.


L’intronisation de
Sa Majesté le Roi Mohammed VI est venue renforcer la transition démocratique avec un nouveau style, une réelle conviction social-démocrate...

Le scrutin universel a cédé la place aux sondages. La culture et la pensée sont devenues des marchandises L’égoïsme, l’indifférence et le nihilisme ont pris le dessus. C’est ce libéralisme sauvage qui a été mondialisé avec les faillites sociales que l’on sait.
L’actualité du projet social-démocrate provient de ce qu’il est l’unique remède pour humaniser cette mondialisation. Notre pays n’est pas à l’abri de ces chamboulements. Notre rôle dans notre patrie, pour notre peuple, est de réhabiliter l’Etat comme expression de la volonté collective de la Nation, le garant de l’intérêt général et de la souveraineté nationale. Un Etat fort et démocratique, fort de sa démocratie et son souci social, ses services publics, son administration compétente et transparente, ses lois respectées, sa sécurité et sa justice.
Dans ce sens, l’Etat reste pour nous le seul garant de l’union nationale, de la souveraineté, de la démocratie, du progrès économique et de la justice sociale. En insistant sur cette priorité, nous voulons souligner que les forces qui méprisent la démocratie, qui ne connaissent que la logique du gain et de l’argent, qui abondent dans la destruction et le négationnisme, qui font l’éloge de l’obscurantisme, toutes ces forces se recoupent la même volonté d’affaiblir l’Etat national, de saper ses bases et d’infirmer ses rôles.
Notre référence et notre identité sont universelles, mais nous croyons que la force et la solidité de la référence universelle résident dans la diversité, la richesse et l’évolution des contributions nationales, dans la capacité de cette référence à respecter la souveraineté des Etats, des nations et les droits de leurs peuples, à respecter également leur culture, leur civilisation, l’autonomie de leur décision, conformément justement à ces valeurs universelles.
Cela nous renvoie à un élément inhérent à notre identité et notre projet social-démocratique : l’idée de patrie. La patrie, la Nation marocaine, est déterminée par une volonté collective de nos unir autour d’une Histoire, d’une civilisation, d’une culture, et d’une façon de vivre, à l’intérieur de frontières géographiques dessinant la carte de notre patrie. C’est dans l’appartenance administrative à une entité nationale indivisible que se fondent toutes nos différences, que coexistent toutes nos divergences naturelles, que se développe notre destin commun. C’est ainsi que l’idée de patrie reste constitutive de tout projet collectif. C’est l’appartenance à la patrie qui nous donne des droits et nous assiège de devoirs. C’est la source de toutes les relations sociales, la base de tous les déterminants institutionnels et juridiques qui encadrent la vie auu sein de la société. L’idée de départ et l’objectif de notre projet national consistent ainsi à partir sur la base de notre volonté collective en vue de la renforcer et produire les moyens de son renouvellement et sa perpétuation.
L’idée de démocratie se base sur l’idée de patrie, en ce sens qu’elle permet la gestion civilisationnelle de la différence dans le cadre d’un destin commun. L’idée de justice se constitue sur l’idée de patrie parce qu’elle traduit le principe d’égalité dans le cadre de ce destin commun. Le choix de la solidarité et de l’entraide sociale est un devoir dicté par cette appartenance.
La liberté, la garantie des services publics principaux, de la sécurité des personnes et des biens, de la souveraineté de la loi, de l’équité sociale et de l’acquisition d’une source de revenu de nature à préserver la dignité, l’intégration dans la culture… Tous ces droits se constituent également sur l’idée de la patrie et l’appartenance avec cette même évidence qui fait de la patrie et de l’appartenance une source de nos devoirs vis-à-vis du destin commun : responsabilité, citoyenneté, respect des règles de vie commune, lois, institutions, libértés des autres, leur dignité, l’intérêt collectif, sécurité de la patrie, souveraineté de la nation et son union.
La patrie unie, sécurisée, stable, où règnent les règles qui régissent la volonté collective de partager un destin commun, avec ses institutions et son histoire, sa culture, sa géographie, est le cadre suprême et unique, pour l’exercice de la différence et la confrontation démocratique d’idées et de projets qui s’inscrivent dans la philosophie d’une volonté de vie collective. L’opportunité de notre projet social-démocratique réside dans la revalorisation de l’idée de patrie et d’appartenance patriotique, dans l’éducation, l’enseignement et la formation de notre enfance et jeunesse, dans la diffusion et la généralisation de l’intégration à notre culture dans sa diversité et richesse, dans sa production intellectuelle et les relais de nos médias, dans nos programmes sociaux, nos dispositions économiques, dans la préservation de notre sécurité et la protection de notre souveraineté, dans nos relations et notre diplomatie. Notre projet social-démocrate propose la réhabilitation du sens de la politique, de l’adhésion collective, sur des bases claires. Conscients du danger du dérapage libéral sauvage, que nous proposons de contrer par le recours aux valeurs, aux références et la création de nouveaux mécanismes pour y faire face, le rectifier et amortir ses effets sur la société, nous considérons notre projet, notre identité, comme un rempart sur l’un des nombreux fronts de la débâcle qui nous guettent.
Le terrorisme qui a frappé notre pays le 16 mai 2003, de manière lâche et barbare, visait toutes les valeurs auxquelles nous croyons et les bases du projet que nous construisons ; le terrorisme barbare avait pour cible la stabilité de nos institutions, la sécurité de notre patrie, de nos citoyens et de leur vie, de leur liberté, de leur différence, de leur tolérance, de leur ouverture ; il voulait porter atteinte à notre économie, semer la terreur au sein de notre peuple, et paralyser la dynamique de notre transition démocratique. Oui, ce qui était visé est notre « exception marocaine ». Il ne s’agissait pas de « faits passagers », mais d’agression planifiée par les idéologues de l’intégrisme fasciste aveugle, bardé du discours de la rancune, des fatwas de meurtre et des maux de haine (…) Encore une fois, il faut dire que le combat contre cette idéologie totalitaire sanguinaire doit passer par le renforcement de la sécurité de notre patrie et la protection de la sécurité de ses enfants, l’anticipation de tout acte terroriste en mesure de menacer la liberté et la stabilité (…) Parallèllement à cela, le combat doit se mener sur le front intellectuel, culturel, politique, au plein sens du terme. Et là encore, notre projet social-démocratique propose le vaccin de l’immunité. La réponse doit également être la diffusion et l’enracinement des valeurs de liberté, de démocratie et de justice, de solidarité, de tolérance, d’ouverture et de paix (…) Il y a une vie qui mérite d’être vécue, envers et contre l’instinct de mort et la barbarie du meurtre (…) Là-bas, dans cette patrie, des hommes et des femmes, grands et jeunes qui se comptent par millions s’identifient à cet projet, adhèrent à ce rêve (…) croient que l’invention du possible et du beau est à portée de volonté (…) Tous ces gens, ce grand courant populaire, constituent l’avenir de notre parti, qui est appelé à ouvrir portes et fenêtres à ce grand courant populaire, pour lui donner la possibilité de construire le grand parti socialiste, le parti social-démocrate qu’il mérite.


Par Mohamed El Gahs
Membre du bureau politique de
l’Union socialiste des forces populaires



Le 23-9-2005