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الجمعة، شتنبر 09، 2005

Pourquoi Ayouch courtise les islamistes

aujourdhui.ma 9/9/05


Pourquoi Ayouch courtise les islamistes


Photo-montage réunissant Noureddine Ayouch et Saâd Eddine OthmaniNoureddine Ayouch, homme d'affaires et président de l'une des plus importantes associations de microcrédit au Maroc, a exprimé dans une interview accordée à un quotidien proche du PJD, des idées jugées trop conciliantes, voire opportunistes à l'égard de l'islamisme.


La dernière sortie médiatique de Noureddine Ayouch, homme d'affaires et président de l'association Zakoura pour le microcrédit, a choqué plusieurs de ses amis, notamment les membres du Collectif Démocratie et Modernité, une plate-forme informelle connue pour son opposition au fondamentalisme et à toutes les thèses islamistes. En effet, Noureddine Ayouch a octroyé, le 24 août dernier, une interview au journal Attajdid, organe de presse proche du Parti de la Justice et du Développement (PJD), dans laquelle il a dit tout le mal qu'il pense des laïcistes et tout le respect qu'il voue aux courants islamistes et surtout le parti du Dr. Saâd Eddine Othmani.
"Je pense que le fait de se diriger vers l'athéisme, c'est faire preuve d'une grande idiotie et d'une ignorance totale de l'histoire du Maroc et ses fondements culturels. Je m'étonne que cette tendance soit justement défendue par des personnes censées être représentatives de la culture marocaine, comme des professeurs universitaires et des intellectuels qui appellent à la disparition des références religieuses et à la dissolution du PJD. Leur discours est extrêmement dangereux et je ne respecte pas du tout leur avis". Et d'ajouter : "Il y a certaines personnes au sein du Collectif Démocratie et Modernité qui refusent de traiter avec les islamistes. C'est une grave erreur. Il est temps de redéfinir la notion de laïcité et reconnaître le rôle de la religion, sinon nous nous dirigerons vers une véritable catastrophe".
Ces propos, qualifiés de "politiquement opportunistes", montrent à quel point la cote de popularité du PJD s'est accrue ces derniers mois, essentiellement après les dernières élections législatives et la circulation de rumeurs selon lesquelles le seul parti islamiste du Maroc pourrait aisément être appelé à former, aux côtés d'autres formations, le prochain gouvernement.
Dans cette perspective, beaucoup de choses risquent, en théorie de changer. Il est donc nécessaire pour certains de prendre d'ores et déjà position. Justement, pour ce qui est d'une éventuelle participation du PJD au gouvernement, Noureddine Ayouch a un avis clair qu'il a formulé dans la fameuse interview du 24 août : "je suis convaincu qu'il est temps pour toutes les composantes de reconnaître que le PJD dispose de grandes compétences et par conséquent accepter de travailler à ses côtés en formant un gouvernement solide". En abordant la question de l'ouverture d'un véritable dialogue entre les courants laïcs d'une part et les islamistes d'une autre, Noureddine Ayouch s'en donne à cœur joie : "ce que je remarque c'est que les initiatives dans ce sens sont très peu nombreuses, pour ne pas dire inexistantes, excepté chez le PJD qui a fait preuve, ces derniers temps, d'une volonté indéniable de communication et de dialogue".
A une question relative à la nudité dans les plages marocaines et à la consommation de l'alcool (deux sujets qui tiennent énormément à cœur des islamistes), le patron de la société de communication Shem's n'a absolument pas déçu son interlocuteur. En effet, Noureddine Ayouch pense que "cette question doit être résolue en prenant comme point de départ la liberté, mais sans provocation des sentiments des citoyens. En ce sens que ma liberté ne signifie pas que je dois porter atteinte aux choix des gens, à leurs croyances et à leurs valeurs communes. Je n'appelle pas à l'interdiction de l'alcool, mais je suis contre sa consommation en plein public, en provocation des sentiments des citoyens qui appartiennent à cette religion. La société ne sera pas dérangée si une personne boit de l'alcool dans un restaurant, à l'abri des regards. Mais il est intolérable que cela soit fait au beau milieu de la rue".Noureddine Ayouch ne tarit pas d'éloge à l'égard du PJD. Quand il fut interrogé sur le rôle des jeunes en politique, le président de la fondation Zakoura, a rappelé que le "Collectif démocratie et modernité pense mettre en place un programme de communication entre les partis politiques, le tissu associatif et les jeunes qui ont perdu toute confiance dans la chose politique, ce qui est catastrophique. Sincèrement, je dis que le PJD est le seul parti capable de mener à bien cette mission et c'est pour cette raison que je le respecte".


Le 9-9-2005
Par : Abdelmohsin EL HASSOUNI


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Benamour :
la sortie de Ayouch sent l’opportunisme


Abdelali BenamourAffichant son désaccord quant aux propos tenus par Noureddine Ayouch et son indignation de leur interprétation par «Attajdid», Abdelali Benamour, fondateur d’Alternatives, revient également sur les conditions pour que le PJD entre dans le gouvernement.


ALM : Vous avez été parmi les premiers à vous élever contre les propos tenus par Noureddine Ayouch, faisant les yeux doux au PJD. Quels sont les problèmes que pose cette intervention à votre avis ?
Abdelali Benamour : Les propos de M. Ayouch posent deux problèmes à mon avis, de fond comme de forme. Le problème de fond est que, dans son interview, M. Ayouch a jeté plus d’une fleur au PJD, disant que le parti est sérieux, représentatif, organisé et que, partant, il faudrait qu’il fasse son entrée au gouvernement. Mais c’est compter sans l’idéologie de ce parti. En tant que démocrate, je pense que toute organisation a le droit d’exister, mais pour que les portes du gouvernement lui soient ouvertes, il faut que celle-ci accepte les règles de la démocratie, dans le sens universel du mot. Proclamant la démocratie, le PJD obéit à une orientation générale fondamentalement anti-démocratique. Quand le PJD parle de l’Islam, il confond volontairement entre les valeurs et les normes de notre religion. Avec le risque, si jamais le parti prend le pouvoir, de voir la Constitution touchée par cette confusion. Accepter un tel état de faits revient à accepter de ne plus être dans un Etat démocratique, mais dans un Etat islamique. Quant au problème de forme que pose cette sortie, il concerne l’interprétation faite pas Attajdid de certains propos de Ayouch. Dans le titre même de cette interview, on a cherché à faire dire au concerné que laïcité signifie athéisme qui veut dire bêtise. Or, à aucun moment l’intéressé ne l’a dit.

Pensez-vous que M. Ayouch, qui du reste n’est pas un enfant de chœur, a été manipulé à ce point?
On peut parler de manipulation, oui. Pour la simple raison que la laïcité n’a jamais été contre la religion. Au contraire, l’un des fondements de la laïcité est le respect des croyances et des convictions de tout un chacun.
D’où, d’ailleurs, la séparation qui existe entre les valeurs et les normes. Affirmer le contraire, c’est insulter tout une société. N’est-ce pas nous Marocains qui affirmons que la religion est un pacte entre le fidèle et Dieu et qu’il n’y a pas de contrainte dans la religion.

Quel est le danger que représentent les confusions entretenues par le PJD ?
Par l’usage même qu’ils font de certains concepts comme la «Ilmania » (laïcité), dans le sens où celle-ci ne reconnaît que la science contre la spiritualité, par l’interprétation qu’ils en font, celle-ci étant synonyme d’athéisme, les islamistes faussent le débat et induisent l’opinion publique en erreur. C’est pour cette raison que je préfère parler de «zamania», c’est-à-dire vivre son temps, avec ce qu’il a de spirituel et de temporel. A l’image de tous les Marocains, je suis musulman et je suis fier de mon référentiel.

Des observateurs pensent que plus qu’une démarche individuelle, la sortie de M. Ayouch s’apparente à une tentative de rapprochement des islamistes à des fins personnelles. Partagez-vous ce point de vue ?
Il est clair que derrière ces agissements, il existe un peu d’opportunisme, le PJD étant pressenti pour jouer un grand rôle dans la gestion de la chose publique après les élections de 2007. Certains, et je ne vise pas M. Ayouch, commencent d’ores et déjà à se positionner dans cette perspective en s’alignant sur les thèses de ce parti. Des marchés sont à prendre. Mais je ne mange pas de ce pain-là. Non pas que je sois contre le PJD, qui est représentatif et dispose d’une assise sociale, mais je suis contre son référentiel tel qu’il est affiché et exprimé. Le revirement de certains intellectuels, hommes politiques ou hommes d’affaires dans ce sens est malheureux. Les pouvoirs publics ont dans ce débat un grand rôle à jouer, d’abord pour sensibiliser les gens quant aux confusions précitées et entretenues pour flouer les gens.

A quel moment le PJD peut donc intégrer le gouvernement d’après vous ?
Le jour où le PJD acceptera la démocratie dans son sens universel, la séparation entre valeurs et normes et la monarchie en tant que garant de ce choix, il pourrait, sans le moindre problème, faire son entrée au gouvernement en tant parti musulman démocrate, à l’image du PJD turc et de tous les partis chrétiens démocrates qui existent dans le monde. Ce sera également le jour où il acceptera le jeu démocratique voulant que ces choix soient remis en cause si le courant moderniste prend le dessus.

Pensez-vous qu’un dialogue est possible avec le PJD, le parti étant ce qu’il est idéologiquement ?
Le dialogue est toujours important et en tenant ces propos, je veux créer un sas avec les islamistes du PJD. Mais il faut que le dialogue soit basé sur la clarification et sur des principes universels sur lesquels il faut se mettre d’accord. Au sein du PJD, une partie considérable veut et peut évoluer dans ce sens. Le mieux à faire est d’accompagner cette partie-là à franchir le pas et l’aider à aller de l’avant.


Le 9-9-2005
Par : Tarik QATTAB


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Un collectif pour un vrai débat de société



Né à l'occasion de la fameuse affaire dite des "jeunes satanistes", le collectif Démocratie et Modernité est rapidement devenu une plate-forme informelle de lutte contre les idéologies obscurantistes.


Le "collectif Démocratie et Modernité" est une instance informelle qui a vu le jour, il y a quelques années déjà, regroupant, au départ, une quinzaine de personnalités, membres d'associations actives sur la scène nationale ou de simples intellectuels sans aucune étiquette politique ou associative.
Sans prétendre constituer un cadre légal et structuré, ces intellectuels n'avaient pratiquement qu'un point commun : une volonté de défendre farouchement des idées, des valeurs, des principes, bref, un certain modèle socioéconomique, caractérisé, comme l'indique le nom du collectif par la modernité et la démocratie. En fait, tout le monde savait que le collectif n'avait qu'un seul souci, à savoir combattre les idées extrémistes des islamistes. Parmi ces personnes, il y avait Abdelali Benamour, Noureddine Ayouch, Abderrahim El Harouchi, etc. Le premier dossier sur lequel ce collectif s'est penché et a dû prendre position : l'affaire des 14 jeunes poursuivis par la justice pour activités sataniques.
A cette occasion, le collectif Démocratie et Modernité a multiplié les communiqués et ses membres ont occupé une large place dans la scène médiatique. Leur but bien évidemment était de défendre l'intérêt des 14 jeunes qui risquaient de lourdes peines d'emprisonnement, mais également de débattre des limites à ne pas dépasser des lignes rouges. Le collectif a ainsi, à travers son militantisme, imposé un débat sur l'étendu du champ religieux et judiciaire. En tout cas, l'initiative spontanée de ces intellectuels de créer cette plate-forme informelle de discussion et de débat a atteint son apogée au lendemain des attentats du 16 mai.
Depuis, le collectif n'a cessé de drainer des sympathisants et des adhérents. A chaque fois, il a été question de reconvertir ce "salon intellectuel" en véritable association organisée et structurée. Mais à chaque fois, la majorité des membres le refusaient. Ils n'avaient ni porte-parole ni président, ni structures, sauf peut-être un comité de pilotage qui n'a aucun véritable pouvoir délibérant. Ce dernier s'est réuni juste avant les vacances d'été. Faute de bras de fer idéologique entre les islamistes et les laïcistes, le nombre des adhérents commencent sérieusement à diminuer.


Le 9-9-2005

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Éditorial :
le soleil obscur


Abdellah ChankouFaire rentrer le PJD au gouvernement ! c’est l’obsession du président de Shem’s qui croit dur comme fer que son rapprochement des islamistes ne sera pas une affaire obscure.


On ne savait pas Noureddine Ayouch à ce point confit d’admiration devant le Parti de la justice et du développement (PJD). En tout cas, le président de Shem’s Publicité et de la fondation Zakoura ne tarit pas d’éloges sur les islamistes légalisés. À ces derniers, il trouve de nombreuses qualités qu’il a révélées dans un entretien accordé au quotidien Attajdid du 24 août dernier appartenant au Mouvement Unicité et Réforme (MUR) qui n’est autre que le gardien du temple idéologique des amis de Othmani. L’interviewé ne fait pas dans le détail, qui a asséné “qu’il est grand temps pour tout le monde de reconnaître les compétences du PJD pour qu’il travaille enfin dans le cadre d’une équipe gouvernementale forte“. Quelle grande trouvaille ! Les islamistes eux-mêmes doivent en être tout étonnés d’avoir un sympathisant aussi inconditionnel parmi le collectif “Démocratie et modernité“. Un collectif créé justement pour contrer l’idéologie rampante du PJD et du MUR. Mais voilà qu’il les caresse dans le sens du poil allant jusqu’à dire, dans un entretien précédent au même journal (12 mars 2004), ses “réserves“ pour le vocable “ islamistes“, regrettant au passage que ces derniers ne soient pas associés au gouvernement. Après un tel panégyrique, il ne reste plus à l’homme de communication, pour être cohérent avec lui même, que de passer armes et bagages chez ce parti décidément très sympathique.
En fait, M. Ayouch a réponse à tout. Imperturbable. Il convient réellement de saluer l’aisance qu’il a à passer de la sociologie à la politique et de la théologie à la laïcité. Il n’excelle pas seulement dans l’art de la société civile à la marocaine mais aussi dans celui de bien se positionner au cas où le PJD arriverait aux affaires.
Il est des arguments qui sont irrésistibles. Ils n’ont pas de couleur aussi. L’envie de préparer l’avenir le jour où il virera au vert est si forte que cela donne un aplomb extraordinaire à Noureddine Ayouch. De réflexion en position, celui-ci a osé déclarer sans ciller qu’une grande confusion entoure le concept de laïcité au Maroc, laissant clairement entendre que les discours officiels sur le caractère moderne et démocratique de la société marocaine ne sont que du pipeau puisque la Constitution institue la nature islamique de l’État (…) et que le Roi est commandeur des croyants. Comprenne qui voudra. Tout à sa perspicacité, le publicitaire poursuit sur sa lancée, faisant remarquer que l’État s’autorise ce qu’il interdit aux partis : ne pas utiliser la religion à des fins politiques. Mais le PJD, c’est aussi clair que l’eau de roche, a fait de la religion sa raison d’exister, le marche-pied pour arriver à son objectif. Mais M. Ayouch se garde bien sûr de reprocher cela à une formation dont “l‘expertise et la compétence doivent être mises au service du gouvernement“.
Faire rentrer le PJD au gouvernement ! c’est l’obsession du président de Shem’s qui croit dur comme fer que son rapprochement des islamistes ne sera pas une affaire obscure et qu’il ne va surtout pas fondre comme neige au soleil.


Le 9-9-2005
Par : Abdellah CHANKOU