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الثلاثاء، شتنبر 13، 2005

Rencontre. Ces jeunes du PJD

http://www.telquel-online.com/190/sujet1.shtml


Par Driss Bennani
Rencontre. Ces jeunes du PJD



(DB/Telquel)
On connaît Abdelilah Benkirane, Saâd Eddine Othmani, Mostapha Ramid et les autres. Mais Iâtimad, Sara, Hamza et leurs camarades sont, eux, de parfaits inconnus. Ils ont entre 18 et 27 ans. Ce sont les jeunes du PJD. Qui sont-ils ? Comment sont-ils formés ? Que veulent-ils ? Rencontre avec les dirigeants islamistes de 2012.


Les jeunes du PJD sont en colonie de vacances, à Kénitra. Officiellement, cela s'appelle "le forum national", une sorte de rencontre pédagogique et divertissante qui réunit, chaque
année, toutes les sections nationales de la jeunesse du PJD. "Un événement important, puisque contrairement au congrès, explique un membre du bureau national de la Chabiba, il est entièrement dédié à la formation et à l'échange de connaissances, loin de toute contrainte organisationnelle et décisionnelle". Au réveil, vers 07 heures 30 ce mercredi 7 septembre, les participants découvrent qu'il a plu dans la soirée. Les premières gouttes de la saison rappellent aux plus jeunes que bientôt, ils devront reprendre le chemin des classes. En organisant cette rencontre à la veille de la rentrée scolaire et universitaire, les organisateurs craignaient un faible taux de participation des élèves et des étudiants. Il n'en sera rien finalement. Le premier jour, le centre des expositions de Kénitra avait même du mal à contenir les 800 personnes qui ont fait le déplacement. Quatre jours plus tard, on en compte quand même 600. Pour venir ici, chaque jeune a dû payer 250 DH (pour couvrir le logement et la nourriture), en plus de supporter lui-même ses frais de transport. Pour certains, comme Hamza, un étudiant qui vient du Sahara, la note s'élève déjà à 1300 DH. "Peu importe, affirme-t-il, dès le premier jour, on nous a appris que nous étions amenés à donner au parti, sans forcément attendre de contrepartie".
Il est maintenant 08 heures 30. Le campement s'anime. Une colonie de vacances islamiste ? Cela ressemble finalement à toutes les autres, ou presque. Des dortoirs sommaires, des équipements modestes, des affiches ringardes et beaucoup de bricolage pour tout le reste. Sauf qu'ici, on est un cran plus studieux, et ça se voit. Selon le programme affiché à la rentrée, la journée commence avec la prière d'Assobh (cela veut dire très tôt). Puis tout s'enchaîne, cours pédagogique, conférences, ateliers, lecture collective du Coran, rencontres avec les responsables du parti, etc. Même hors programme, les jeunes sont appelés à "profiter du temps libre". à ce propos, une note d'orientation des organisateurs propose des pistes : lecture individuelle du Coran, discussions, débats et lecture. Au centre du campement, une bibliothèque a même été improvisée. Elle propose une cinquantaine de livres (100 leçons pour atteindre le bonheur, comment éduquer ses enfants, etc.).

Journée Palestine
08 heures 30, c'est bientôt l'heure du cours pédagogique. En attendant, des cercles de discussions unisexes se sont auto-formés. Les jeunes ont la pêche de bon matin. Aujourd'hui, ils reçoivent un grand journaliste d'origine palestinienne, défenseur de la lutte armée. Le cours pédagogique du jour est assuré par un imam originaire de Kénitra, vaguement membre d'Attawhid Wal Islah. Le vieux monsieur joue le décontraction. Il parle des clés de la sérénité. Les jeunes accrochent plus au moins, mais restent disciplinés, en attendant la star du jour : Yasser Zaâtra. Le journaliste jordanien est connu des masses islamistes. Régulièrement, il signe des chroniques pour le compte d'Attajdid. Il arrive entouré de jeunes improvisés en gardes du corps, la salle est debout et entonne des slogans à la gloire de la lutte palestinienne, que tout le monde apprend par coeur. Classique. "Si cela était possible, vous risqueriez de retrouver tous ces jeunes en Palestine, à défendre Al Qods", lance en guise de message de bienvenue le modérateur de la rencontre. Les slogans repartent de plus belle. La rencontre démarre plutôt bien. Le conférencier s'avère être un excellent orateur. Méthodique et serein. En plus, il a de l'humour. L'auditoire est sous le charme. Cela n'empêche cependant pas le journaliste palestinien de commettre quelques perles comme : "Katrina est un cadeau du ciel", "Quand vous boycottez une canette de Pepsi, ce n'est pas contre les USA que vous le faites, mais pour Allah" ou encore "Si les nouveaux conservateurs voyaient votre enthousiasme et votre détermination, ils se rendraient compte que nous sommes une Oumma qu'ils ne vaincront jamais". La conférence dure un peu plus de deux heures. Le succès est total. à la sortie, l'intervention de Zaâtra est déjà disponible en VCD. Les organisateurs ont profité des quelques minutes de débat qui ont suivi l'intervention pour tout graver et imprimer sur CD. Une efficacité technologique connue chez les islamistes de tous bords. D'ailleurs, toutes les rencontres et conférences du forum sont filmées, enregistrées sur CD, puis vendues à des prix raisonnables (entre 10 et 15 DH). à quoi servent-elles ? La réponse vient de Saâd, originaire d'El Haouz. "Beaucoup de frères dans ma section du Souss n'ont pas pu faire le déplacement. De retour chez moi, la section locale de la Chabiba organisera probablement des séances de visionnage collectif des moments forts du forum, ou gravera des copies pour ses membres et pour les sympathisants du parti".
Yasser Zaâtra quittera finalement le parc d'expositions où se tient le forum avec beaucoup de difficulté, escorté par une chaîne humaine de gros bras. Les centaines de jeunes qui l'entouraient ne voulaient plus le quitter (sous prétexte de prendre une énième photo avec lui). Un désordre qui déplaira fortement aux responsables. "Ce désordre n'honore pas du tout notre organisation", commentera simplement l'un d'entre eux.

Discipline militaire
C'est qu'au sein de la jeunesse du parti, comme au PJD lui-même, la discipline est une obligation suprême. Il y a va de l'image et donc, du devenir même du parti. D'ailleurs, au forum, les participants ont des consignes disciplinaires claires, couchées noir sur blanc. Florilège : "évitez la satire et le mensonge", "évitez les confidences à deux quand vous êtes en groupe", "Ne haussez pas la voix durant les travaux", "Ne vous interrompez pas les uns les autres lors des débats et des discussions", "Bannissez les mots vulgaires et les blagues obscènes", "Formulez vos requêtes directement aux responsables de l'organisation", etc. Une discipline presque militaire, mais qui rapporte. Dans une interview au quotidien Attajdid, un responsable du forum a déclaré : "De nombreuses personnes, remarquant la discipline de nos jeunes, ont demandé à rejoindre nos rangs quand ils ont assisté à la journée inaugurale du forum".
Le repas du déjeuner sera bientôt servi. La ferveur que les jeunes PJDistes ont manifestée lors de la conférence de Zaâtra leur a donné faim. Ils devront quand même patienter. Pour les occuper, la "radio du forum" passe des sketchs joués par les jeunes eux-mêmes (où ils singent le journal télévisé ou la météo), "mais à volume réduit, pour ne pas gêner les discussions des participants". Au menu du jour, couscous à l'oignon et aux raisins secs. L'ambiance est joyeuse, les tables ne sont pas mixtes, mais cela ne semble gêner personne.
Cet après-midi, les jeunes pourront souffler. Exceptionnellement, le programme ne prévoit pas d'ateliers de formation aujourd'hui. Les activités reprennent à 16 heures avec une conférence de Mohamed Yatim (un dirigeant du parti) sur l'initiative de développement, vue par le PJD. Après les séances de lectures du Coran, les jeunes reçoivent, en soirée, le groupe parlementaire pour une rencontre ouverte. La dernière au programme avant la soirée "respectueuse des valeurs morales" qui devrait clore les travaux du forum.




Focus groupe. Des jeunes pas comme les autres

On ne sort pas indemne d'une rencontre avec les jeunes du PJD. D'abord parce qu'ils parlent beaucoup, et bien. Ils ont ensuite un avis sur tout et savent écouter, puis parler sans s'interrompre. La rencontre se voulait informelle ; peu importe, ils ont chacun sorti leur bloc-notes, puis systématiquement noté leurs idées avant de prendre la parole. Première question, pourquoi le PJD ? Sourires dans la salle, ils s'y attendaient. "Au sein du PJD, je profite d'une formation politique et d'une culture générale que je ne pourrai avoir nulle part ailleurs. C'est le PJD qui nous ramène des intellectuels du monde entier pour nous éclairer sur ce qui se passe", explique Imane, 20 ans, étudiante en économie. Formation, mais pas seulement. Les jeunes du PJD (du moins la dizaine que j'avais en face de moi) croient en leur chances. "Nous sommes l'avenir du parti. Nos leaders ne sont pas éternels. Le seul critère qui prime est la compétence. D'ailleurs, beaucoup de dirigeants du parti et de ses organes sont encore jeunes", renchérit Taha, un élève ingénieur qui vient de Guelmim. L'un d'eux se voit-il secrétaire général dans quelques années ? "Pourquoi pas ? Ce n'est pas impossible grâce à notre démocratie interne", affirme Hamza. Rachid qui arrivé au PJD du mouvement associatif affirme, "j'ai retrouvé à l'intérieur du parti l'image que j'avais de lui de l'extérieur". Même en les entraînant sur des terrains glissants, les jeunes islamistes s'en sortent plutôt bien. Le PJD n'a-t-il pas perdu son âme comme a récemment déclaré Ramid, n'a-t-il pas fait trop de concessions ? "Tant que le parti n'a pas abandonné son référentiel islamique, cela ne nous dérange pas. Le PJD fait de la politique et sait relativiser les choses pour faire passer l'intérêt général avant ses petits intérêts politiciens. Nous travaillons pour un projet et non pas pour des sièges au Parlement. Le Coran appelle aussi à la flexibilité, vous savez ?", affirme Iâtimad, 22 ans, étudiante en génie informatique. "Ramid est un militant dynamique du parti qui a ses opinions. Quand aux positions officielles du parti, elles s'expriment à travers ses organes officiels. En plus, le PJD n'a fait aucune concession comparé à des partis qui à force d'en faire, n'ont plus aucune identité", analyse Mohamed, avocat stagiaire à Tiznit. Et alors, les jeunes, vous n'avez pas de critiques vis-à-vis du parti ? "Si, évidemment. Et les dirigeants du parti en tiennent toujours compte. Vous savez, il m'arrive de voir les dirigeants du parti plus souvent que mes parents", explique Sara, 17 ans. Rachid nous sort une expression érigée en règle disciplinaire du parti : "L'opinion est libre, la décision est obligeante".
Et dernière question, pourquoi militent-ils ? "Je connais des partis qui auraient payé leurs jeunes et leur auraient loué des bus pour les ramener à un forum pareil. Nous avons payé nous-même nos frais de transport. Dès le premier jour, on nous a dit que nous étions amenés à donner sans rien attendre en retour", lance Abdelmalek, 30 ans, commerçant à Marrakech. Rien, sinon cette satisfaction qui se lit sur chaque visage en entendant cette phrase qui revient à chaque instant, "Jazaka allahou khayrane" (que Dieu te récompense).