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الثلاثاء، أكتوبر 18، 2005

islamistes et diplômates

Le jourbal –hebdo.com - 8/ 10/05

islamistes et diplômates


La diplomatie parlementaire est une réalité au Maroc. Elle est pratiquée par nombre de partis et le PJD en fait, depuis quelques temps, son cheval de bataille.



Avec une certaine intensité et selon des modalités variables, le parti de Saâdeddine El Othmani semble avoir une vision globale et cohérente de ses relations avec l'étranger.
La genèse de leur diplomatie, les compagnons de Abdelilah Benkirane la doivent beaucoup au docteur Abdelkrim El Khatib. Cet ancien ministre de la Défense a fait profiter le PJD de son carnet d'adresses et de son réseau d'amitiés qu'il a soigneusement tissés pendant plus de 40 ans de vie politique. La preuve en a été faite lors du IVème congrès du parti, tenu en novembre 1999, qui a connu la présence de nombreux amis du docteur El Khatib, venus des quatre coins du monde. Le succès de ce congrès et le score surprenant et honorable réalisé par le PJD aux élections de 1997, a incité les grandes chancelleries à Rabat à s'intéresser de près au nouveau parti islamiste du royaume. Ce fut le cas notamment des ambassades de France, d'Espagne, des Etats-Unis, d'Angleterre, d'Allemagne, d'Algérie et d'Egypte. Les représentations de ces pays voulaient mieux connaître le PJD, le profil de ses fondateurs, son projet de société, son point de vue sur l'avenir de la monarchie, la situation politique au Maroc, et le conflit israélo-palestinien. Les demandes des diplomates pour rencontrer les dirigeants du PJD deviennent récurrentes. Le parti décide alors de créer, fin 2000, une commission des relations extérieures exclusivement dédiée à ce genre d'activités. Une sorte de ministère des Affaires étrangères dont on a confié le portefeuille à Mohamed Réda Benkhaldoune, un ingénieur quadragénaire. « Nous étions sollicités de toutes parts, aussi bien en interne qu'à l'étranger. C'est pour cela que nous avons essayé de doter le parti d'une sorte de politique "étrangère" articulée autour de deux approches :
une statique, l'autre active. La première consiste à gérer nos contacts avec les chancelleries étrangères au Maroc qui demandent à nous rencontrer. La deuxième recense et fixe les partis et les parties étrangers avec qui nous devons établir des liens institutionnels », explique M.Benkhaldoun. La visite des dirigeants du parti islamiste turc, La Vertu, à leurs « frères » marocains du PJD, en 2000, permet d'ouvrir les yeux de ses dirigeants sur le monde et les persuadent d'institutionnaliser et professionnaliser leur diplomatie. Les événements tragiques du 11 septembre 2001 vont davantage pousser le PJD à communiquer avec l'Occident pour corriger son image auprès de l'opinion internationale. « Nous avons beaucoup souffert des amalgames commis à tort ou à raison à l'encontre d'un parti comme le nôtre suite à ce qui s'est passé aux Etats-Unis. Nous avons donc décidé de mieux communiquer avec les médias européens qui avaient tendance à nous mettre dans le camp des terroristes », souligne M.Benkhaldoun. Dans leur programme de relations avec la presse internationale - surtout française et espagnole-, les dirigeants du PJD mettent en avant leur islamisme modéré et leur acceptation formelle et solennelle du « jeu démocratique ». Bref un islamisme à la turque. L'intérêt international pour le PJD va davantage s'accroître au lendemain des élections législatives de 2002. A défaut d'un véritable tsunami islamiste -suite à un deal avec le palais-, les barbus ont réalisé quand même un raz-de-marée qui a transformé la carte politique marocaine. Le « phénomène » PJD intrigue et inquiète les sécuritaires du royaume mais séduit les laïques du parti Baas syrien. Saâdeddine El Othmani et Mokri Abou Zaid font, en décembre 2002, le déplacement à Damas. Ils y signent un accord-cadre de coopération avec le parti du président Bachar Al Assad. Début 2003, quatre membres du PJD s'envolent à Istanbul sur invitation de leurs amis turcs. Recep Tayyip Erdogan et son parti de la Justice et du Développement (AKP), leur parlent aussi bien de leur expérience singulière à la tête de l'exécutif que de leurs mésaventures avec « l'État profond », à savoir l'armée, le pouvoir judiciaire et la bureaucratie, qui constituent ensemble les gardiens de l'héritage laïque d'Atatürk. « Nous nous sommes beaucoup intéressés à ce parti musulman turc dont l'expérience est très significative pour nous », commente M.Benkhaldoun. En effet, le PJD semble avoir appris beaucoup de choses auprès des dirigeants de l'AKP. La preuve par les événements du 16 mai 2003. Au moment ou la classe politique, soutenue fermement par la gauche au gouvernement avait appelé à la dissolution du PJD, les amis d'El Othmani ont fait le dos rond et activé leur réseau diplomatique. Et c'est Margaret Tuttwiler, alors ambassadeur des USA à Rabat, qui a vivement défendu les islamistes modérées marocains auprès des ultras sécuritaires. Et elle a eu gain de cause.
Cette expérience a conforté Saâdeddine El Othamni dans son option diplomatique. Ce qui le pousse à établir et améliorer davantage les relations de son parti avec les grandes puissances. « Nous ne pouvons pas ne pas avoir de relations avec les Etats-Unis. C'est une superpuissance et une donnée géostratégique avec qui nous devons composer. Nous adoptons avec eux ce qu'on appelle la diplomatie exploratoire », reconnaît un député du parti. Cette diplomatie exploratoire mènera également le PJD à institutionnaliser ses liens même avec les chiites Iraniens. Fin 2003, une délégation du parti a participé au congrès du principal parti réformateur, le Front de la participation, de Mohamed Réda Khatami. « Nous avons pu à cette occasion constater l'échec de l'expérience politique de la révolution islamique de Khomeini », estime M.Benkhaldoun. Ce dernier a été chargé par le parti, début 2004 et à la veille du 5ème congrès du PJD, d'entamer des contacts formels avec des partis français comme l'UMP, le PS, et le parti vert. M. Benkhaldoun a également eu des pourparlers en Belgique avec le parti socialiste, le parti libéral ainsi que le Centre démocrate humaniste, anciennement Parti social chrétien (PSC). D'ailleurs, le voyage effectué par une délégation menée par le secrétaire général du parti en Espagne, en juin 2005, a été un joli coup. Les dirigeants du PJD ont réussi à présenter à leurs interlocuteurs espagnols du Parti Populaire, le Parti Socialiste et le Parti Socialiste Unifié de Catalogne, et à l'opinion publique ibérique une image moderne et positive de l'islamisme version marocaine. D'ailleurs, le moment fort de cette visite était la rencontre de la délégation du PJD avec des membres de l'association des victimes du 11 mars. « C'était très intéressant pour nous de parler à des gens meurtris dans leur âme et qui confondentIslam et terrorisme. Je pense nous sommes parvenus à dissiper beaucoup de malentendus », se félicite M.Benkhaldoun.
Certains députés du PJD pratiquent à titre individuel et à leur manière la diplomatie « parlementaire ». C'est le cas, par exemple de Mustapha Ramid et Mokri Abou Zaïd, qui ont effectué plusieurs voyages à Beyrouth où ils entretiennent de bons rapports avec les dirigeants de Hezbollah, mouvement politique chiite libanais et principale organisation militaire de confrontation avec Israël dans le sud Liban. On rapporte également que ces 2 députés établissent des contacts avec le tunisien Rachid Ghanouchi, en exil à Londres, et chef historique du parti Ennahda.
Par ailleurs, et dans le cadre de ce qu'on a appelé la « diplomatie populaire », Soumaya Benkhaldoun et Rachid Lamdaouar ont été désignés par le parti et mandatés par le ministère des affaires étrangères pour plaider le dossier du Sahara auprès de quelques pays d'Amérique Latine et d'autres en Afrique francophone. Cela dit, le besoin de communiquer outre-mer ne fait pas l'unanimité au sein du PJD. « Trop de diplomatie tuerait la diplomatie », nous confie un député du parti parodiant Montesquieu. Les contestataires de l'intérêt que porte Saâdeddine El Othmani à la diplomatie existent, mais ils sont minoritaires. Ils soutiennent que le parti doit consacrer et concentrer son attention et ses énergies à la politique intérieure du Maroc. Ils croient aussi que les relations du parti avec le monde extérieur, notamment les grandes puissances, risquent d'être mal vues par le palais. « Cette critique ne paraît pourtant pas davantage pertinente. Tout d'abord, il est clair pour chacun que la diplomatie du PJD ne peut, ni ne doit, être une diplomatie parallèle, concurrente ou rivale de la diplomatie gouvernementale. Elle n'en a pas les moyens -ce qui est déjà une bonne raison-, ni d'information, ni d'action ; mais surtout, elle s'exerce dans un domaine et avec des interlocuteurs qui relèvent d'une sphère différente. Poser le problème en termes de rivalité est donc tout simplement mal le poser », se défend M.Benkhaldoun.

Taieb Chad