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الجمعة، أكتوبر 07، 2005

Sahara, le grand pas en avant ?

http://www.lejournal-hebdo.com/article.php3?id_article=5343


Sahara, le grand pas en avant ?


Le Maroc vient de faire un geste en se déclarant prêt à négocier un statut d'autonomie pour le Sahara. Poudre aux yeux ou vraie démarche constructive ? Les dessous d'une sortie médiatique.

La déclaration de Taïeb Fassi Fihri à l'agence Europa Press a suscité quelques remous au sein de la classe politique et diplomatique intéressée par l'affaire du Sahara. Le numéro deux du ministère des Affaires étrangères a déclaré que le Maroc était prêt à négocier une forme d'autonomie des territoires sahraouis et de soumettre cette proposition à référendum. L'effervescence suscitée témoigne en fait du degré d'ensablement du dossier depuis le départ de James Baker. En réalité, sous une pression croissante, le Maroc devait réagir. Une réaction qui ne signifie pas forcément un pas en avant. Il faut rappeler que le Maroc avait adressé à l'ONU un « non paper » exposant sa vision d'une autonomie. Une proposition finalement embarrassante puisqu'elle révélait le manque de vision démocratique du régime. Les Algériens et le Polisario eurent d'autant moins de mal à maintenir leur attachement au référendum d'autodétermination. S'il est beaucoup trop tôt pour parler d'inflexion dans la position marocaine, la sortie de Taïeb Fassi Fihri révèle la fébrilité des autorités marocaines. Beaucoup moins évoquée, mais tout aussi significative, la déclaration de Hamid Chabar, gouverneur marocain chargé des relations avec la MINURSO et le HCR, à l'hebdomadaire « The Economist » laisse perplexe. « La solution, c'est un système fédéral », aurait-il affirmé à un journaliste de la publication londonienne.

Une révolte malvenue

A n'en pas douter, la dégradation de la situation au Sahara avec les manifestations de fin mai 2005 a pesé lourd. Amnesty International évoque « des centaines de manifestants descendus dans les rues de Laâyoune pour dénoncer un maintien de l'ordre perçu comme tyrannique et appeler à l'indépendance du Sahara Occidental ». Toujours selon l'ONG de défense des droits de l'Homme, « la plupart de ces manifestations étaient pacifiques. Toutefois, certaines manifestations auraient dégénéré, provoquant des dégâts matériels et causant des blessures superficielles à plusieurs membres des forces de sécurité. Les forces marocaines de sécurité ont été accusées d'avoir fait un usage excessif de la force lors des opérations de maintien de l'ordre entourant ces manifestations et d'avoir torturé et maltraité les manifestants placés en détention ». A l'époque toujours, cette "répression" comme on a pu le lire dans de nombreux journaux européens a soulevé l'indignation de la communauté internationale. On peut, par exemple, citer ces 104 députés du Parlement européen qui ont, le 23 juin, demandé par lettre au Secrétaire général des Nations Unies de « faire pression sur le Maroc pour qu'il cesse immédiatement sa répression contre les civils » ou encore cette déclaration du parti socialiste français le 14 juin exprimant « sa préoccupation à la suite de la brutale répression des manifestations qui ont eu lieu récemment à Laâyoune »… Projeté de son plein gré sous les feux accusateurs de l'actualité internationale, le Maroc donne par là même une occasion inespérée au Front Polisario de prendre la parole dans la presse occidentale et de qualifier les évènements de Laâyoune d'« Intifada », renvoyant le Maroc au rôle de colonisateur. Cela n'empêchera pourtant pas le Royaume, au cours de l'été, de procéder à une vague d'arrestations de militants sahraouis. Deux d'entre eux seront starisés par la machine diplomatique du Polisario et dûment soutenue par l'Algérie : Aminatou Haïdar et Ali Salem Tamek. La première est d'ailleurs en bonne voie pour obtenir le célèbre prix Sakharov de l'Union Européenne récompensant des militants des droits de l'Homme. Les militants incarcérés entament une grève de la faim le 9 août ce qui met en branle un mouvement de solidarité bien orchestré. De son côté, Amnesty International déclenche une large campagne en leur faveur.

La diplomatie marocaine s'affaiblit

En plus d'écorner une fois de plus l'image du Royaume, cette gestion "sécuritaire" a contribué à en affaiblir sa diplomatie même si Paris continue d'afficher un soutien indéfectible à Rabat tout en appelant à l'unité du Maghreb. D'abord face à une Algérie plus riche que jamais, prix du baril oblige, et qui enchaîne les succès diplomatiques sur le continent africain : constitution d'un axe Alger-Abuja-Pretoria, rôle prépondérant au sein de l'Union Africaine… Autant d'éléments qui contribueront à la reconnaissance de la RASD par l'Afrique du Sud, puis par le Kenya, vécus comme de véritables gifles par le Maroc. Mais aussi face à l'Espagne, alors que les relations avec ce pays étaient redevenues idylliques depuis le départ de José Maria Aznar. Madrid est obligé de tenir compte d'une opinion publique encore plus hostile au Maroc après les refoulements successifs de délégations de parlementaires espagnols venus enquêter sur les évènements de Laâyoune. Mais, pour les mois à venir, le principal "danger" pour le Maroc pourrait bien venir des Etats-Unis revenus en force sur le dossier du Sahara après l'intervention du sénateur et président de la commission des affaires étrangères du Sénat américain, Richard Lugar, et qui a abouti à la libération des derniers prisonniers marocains détenus à Tindouf. Même si les Etats-Unis considèrent de longue date le Maroc comme leur pilier au Maghreb, ils n'ont jamais caché leur objectif dans la région : créer un bloc maghrébin autour des marchés économiques. Le programme économique américain pour l'Afrique du Nord (ex-initiative Eizeinstat) le prouve dès 1999. Et, en actes politiques cela signifie un coup d'accélérateur pour l'UMA et la réouverture de la frontière maroco-algérienne fermée depuis 1994. Choses bien sûr impossibles sans la résolution du conflit du Sahara Occidental.

Coup dur

Mais le coup dur pour le Maroc pourrait bien venir de la nomination de John Bolton au poste d'ambassadeur des Etats-Unis aux Nations Unies (cf.portrait). Ayant tendance à considérer que les USA sont plus à même de résoudre les conflits que l'ONU et partisan d'un unilatéralisme américain sans failles surtout s'il est économique, il pourrait bien profiter de la fragilisation de Kofi Annan dans le cadre de l'affaire "Pétrole contre nourriture" en Irak pour tenter de faire passer ses points de vue. Reste à savoir si Washington lui laissera les coudées franches.


Catherine Gracie



Nouveaux rebonds


L'affaire du Sahara connaît sans doute un nouveau rebond. Les officiels de la diplomatie marocaine ont soulevé, ces derniers jours, la possibilité d'ouverture de négociations directes avec le Front Polisario. Un changement de cap qui marque un tournant dans l'attitude des Marocains vis-à-vis des séparatistes Sahraouis. C'est le ministre délégué aux Affaires étrangères, Taïeb Fassi Fihri, qui a soulevé cette possibilité dans une interview accordée à l'agence de presse espagnole « Europa Press ». Le Maroc serait donc disposé à engager des négociations avec le Polisario. Mais le ministre délégué précise que ces négociations porteraient seulement sur le statut d'autonomie des régions du sud. Le Maroc rejette toute négociation qui soulèverait la possibilité d'indépendance du Sahara. Les autorités marocaines voudraient engager des pourparlers avec le Polisario pour déterminer les contours d'une large autonomie qui serait soumise à un référendum. Les populations concernées seraient les habitants des provinces du Sud ainsi que les Sahraouis des camps de Tindouf. Cette nouvelle approche a été mise en avant par le souverain lors de son discours du trône. « Le Maroc est toujours disposé à engager des négociations sérieuses pour trouver une solution politique consensuelle et définitive au conflit artificiel créé autour de la marocanité de son Sahara. Une solution mutuellement acceptable qui recueille l'appui des Nations Unies et confère une autonomie à nos provinces du Sud, dans le cadre de la souveraineté du royaume », avait suggéré le Roi. Une manoeuvre qui laisse entendre que le Maroc serait prêt à faire des concessions pour sortir de l'impasse. Mais le Polisario refuse toujours des négociations directes. Pour son représentant auprès de l'Union Européenne, Mohamed Sidati, les choses sont claires : « Nous sommes pour l'autodétermination et l'application du plan Baker. Nous voulons travailler sous l'égide des Nations Unies ». En d'autres termes, Sidati ne rejette pas une ouverture de dialogue avec le gouvernement marocain mais il le conditionne. Le Polisario veut que ce conflit soit réglé sous l'égide des Nations Unies. Ce qui implique l'organisation d'un référendum d'autodétermination. Un point de taille qui est rejeté par la partie marocaine. « La lecture qu'il faut faire de la sortie médiatique du ministre marocain délégué aux Affaires étrangères est que le Maroc accepte aujourd'hui de négocier avec le Polisario. Sa proposition est un tournant important dans le règlement de ce dossier », explique Khadija Mohsine Fenane, chercheur à l'IRI. Et d'ajouter : « le Maroc était isolé depuis quelques semaines sur le plan diplomatique, il devait réagir et cette proposition intervient dans ce cadre ». Le rapport qui sera présenté par l'envoyé personnel du secrétaire général de l'ONU, Peter Van Walsum, dans les semaines à venir, sera, sans doute, déterminant. Il pourra permettre cette réunion entre Marocains et le Front Polisario.
M. R